Personnes dans une marche de manifestation
Mise en contexte Le Nouveau-Brunswick est l'une des provinces les plus pauvres du Canada. Les premières à souffrir de cette situation sont les femmes et les personnes vivant à la croisée des oppressions, comme les personnes racisées, autochtones ou porteuses d’un handicap.

On estime que plus de 100 000 personnes vivent sous le seuil de pauvreté dans la province, dont un grand nombre sont des femmes. Les femmes, qui comptent pour plus de 67 % des personnes dont le revenu annuel est inférieur à 20 000 $, occupent davantage les emplois précaires, à temps partiel et dont le salaire est moindre.

L'impact de la pandémie
L’éclosion de la COVID-19 a été un nouveau coup dur pour la province, qui se relevait péniblement de la crise économique de 2008. Rappelons que le Nouveau-Brunswick figure parmi les provinces les plus pauvres du Canada.

Tout le monde n’a pas été touché de la même manière par la crise : de nombreuses études ont par exemple démontré que les conséquences à court, moyen et long terme seront bien plus lourdes pour les femmes et les populations vulnérables que pour les autres.

Nous le répétons depuis des mois : nous ne pourrons pas récupérer de la COVID-19 de manière significative sans une lentille intersectionnelle sensible au genre. Si nous ne tenons pas compte du genre dans les solutions apportées à la crise, et des difficultés spécifiques aux femmes et aux populations vulnérables, nous ne ferons qu’aggraver les problèmes existants : précarité, pauvreté, salaires inégaux, accès à l’emploi, violences basées sur le genre, racisme, etc.

Il est aujourd’hui essentiel d’investir concrètement et rapidement dans des mesures correctrices des effets inégaux de la pandémie sur ces populations, et le Nouveau-Brunswick a un rôle capital à jouer pour se placer comme leader en matière d’égalité des genres et imaginer des communautés où prospérité et bien-être de l’ensemble de la population vont de pair.


Un gouvernement austère
Les différents gouvernements du Nouveau-Brunswick, toutes orientations politiques confondues, mènent depuis plusieurs années une politique d’austérité. Or, on le sait aujourd’hui, les politiques d’austérité nuisent tout particulièrement aux personnes les plus vulnérables, qui sont celles qui ont le plus besoin de services publics forts.

Cette stratégie d’austérité budgétaire est un cercle vicieux qui bride le potentiel de la province. Les services publics, et notamment la santé, sont régulièrement privés de ressources suffisantes au motif que le Nouveau-Brunswick est en déficit. Cette situation plonge toujours plus de personnes, et tout particulièrement les femmes, dans la précarité, voire la pauvreté.

Alors que les personnes vulnérables ont besoin d’un filet de sécurité sociale solide pour traverser les temps difficiles, de services de garde accessibles pour leurs enfants, de services de santé gratuits et disponibles et de mécanismes d’aide et de maintien à l’emploi pour leur permettre de rebondir, les politiques d’austérité fragilisent ces acquis sociaux et creusent la dette sociale.

Pauvreté et inégalités de genre

Les inégalités de genre sont une réalité partout au Canada et la situation économique peu florissante du Nouveau-Brunswick ne fait que creuser les écarts. Ici comme ailleurs au pays, les femmes occupent la majorité des emplois précaires, à temps partiel et moins bien payés.

Le Recensement de 2016 de Statistique Canada brossait un tableau déjà morose de la province avant la pandémie :

  • environ 108 000 personnes vivaient sous le seuil de pauvreté, soit 14,9 % de la population
  • 47 % des femmes gagnaient moins de 20 000 $ par année
  • 54,8 % des personnes gagnant moins de 5 000 $ par année étaient des femmes

Notons qu’au Canada, le marché du travail est fortement genré. Les femmes occupent majoritairement des emplois à temps partiel et atypiques. Ces emplois précaires limitent leur accès aux aides sociales. Les femmes en régions rurales, plus particulièrement, ont des occasions limitées de se sortir de la pauvreté étant donné la difficulté de trouver un emploi bien rémunéré.

Pauvreté et intersectionnalité

Les femmes immigrantes et/ou racisées sont encore plus susceptibles de vivre des discriminations, tout comme les femmes autochtones ou porteuses d’un handicap. En l’absence de mesures concrètes les aidant spécifiquement, elles pourraient bien perdre les avancées féministes âprement gagnées ces dernières décennies.

Qui sont les personnes les plus à risque de vivre dans la pauvreté?
  • Les femmes monoparentales;
  • Les femmes âgées;
  • Les femmes en situation de handicap;
  • Les femmes autochtones;
  • Les femmes racisées;
  • Les femmes immigrantes;
  • Les femmes de la communauté LGBTQIA2+;
  • Les femmes prestataires d'aide sociale.
Saviez-vous que?

Les oppressions croisées aggravent les écarts entre les genres. En moyenne, pour chaque dollar gagné par un homme employé à plein temps au Canada :

  • une femme blanche gagne 75 cents
  • une femme autochtone gagne 65 cents
  • une femme racisée gagne 67 cents
  • une femme en situation de handicap gagne 54 cents
Pistes de solution

  • Une approche intersectionnelle et féministe dans l'élaboration et la mise en œuvre des politiques publiques (notamment par l'application d'une analyse inclusive selon le genre intersectionnelle);
  • Des filets sociaux qui assurent la sécurité et le bien-être de l’ensemble de la population. les acquis sociaux doivent être consolidés et améliorés pour aider chaque personne à vivre avec dignité en toute circonstance;
  • Un investissement massif dans le secteur public afin d’améliorer la prospérité de la province et le bien-être de l’ensemble de la population. Cela passe par un meilleur accès aux services de santé et par la mise en place d'un système de garde d'enfants public, universel, accessible et de qualité.
Notre position Nous sensibilisons l'ensemble de la population, et plus particulièrement le gouvernement, aux enjeux entourant les inégalités économiques et sociales genrées dans la province.

Nous demandons la mise en place de politiques publiques égalitaires réellement efficaces qui tiennent compte des besoins et des réalités de chacun·e. Cela passe par le recueil de données ventilées selon le genre pour la population du Nouveau-Brunswick et l'application d'une analyse inclusive selon le genre intersectionnelle à toutes les initiatives politiques.

De manière générale, la province doit investir en faveur d’infrastructures sociales et de politiques publiques qui auront un impact concret et durable dans la vie des femmes et des personnes vulnérables au Nouveau-Brunswick. Il est nécessaire de garantir à tous et à toutes un logement abordable, des revenus suffisants, un accès aux soins de santé et l’absence de violence et d’oppression interpersonnelles et systémiques.
Pour aller plus loin