Mois de l’histoire autochtone : tour d'horizon des luttes actuelles

En juin, c’est le Mois national de l’histoire autochtone. Connaître l’histoire des Premières Nations, des Inuit et des Métis, c’est comprendre la vraie histoire du Canada! C’est aussi l’occasion de prendre le temps de s’informer sur les enjeux auxquels sont confrontées les communautés autochtones aujourd’hui.
Comme il n’est pas toujours facile de savoir par où commencer, nous vous présentons quelques-unes des luttes actuelles puis nous vous partageons des ressources pour en apprendre davantage.


Lutte pour le respect des droits ancestraux
Le contexte : conflit entre pêcheur·euses autochtones et non-autochtones au sujet de la pêche « hors saison » en Nouvelle-Écosse. Ce conflit reflète une tendance plus large des communautés autochtones de tenter de faire respecter leurs droits historiques de pêcher et de vendre leur pêche.

Que s’est-il passé? En 2020, la Première Nation Mi’kmaw Sipekne’katik a lancé une pêche du homard autoréglementée en dehors de la saison de pêche définie par les autorités fédérales. Les pêcheur·euses non autochtones considèrent que cette pêche nuit au stock de homards existant (ce qui n’est pas le cas) et ont lancé une série de protestations allant jusqu’à l’usage de la violence.

Que revendique la communauté Sipekne’katik? Depuis le 18e siècle, un traité confirme le droit des communautés autochtones de chasser et de pêcher pour assurer leur subsistance. Ce traité est confirmé en 1999 par la Cour Suprême mais il réside un flou juridique concernant la possibilité de pêcher en dehors de la saison de pêche.

Le plan d’Ottawa de mars 2021, une fausse bonne idée? Les chefs Mi’kmaq de la Nouvelle-Écosse ont rejeté ce plan visant à résoudre le conflit car il accorde une pêche de subsistance aux communautés autochtones uniquement pendant la saison commerciale, au moyen de permis délivrés. Au niveau provincial, les communautés Mi’kmaq de Sipekne'katik et de Potlotek ont toutes deux intenté des poursuites contre le gouvernement de la Nouvelle-Écosse qui a manqué à son devoir d’assurer leur sécurité.

En savoir plus : article Radio Canada


Lutte contre les violences policières
Le contexte : meurtres de Chantel Moore et de Rodney Levi au Nouveau-Brunswick au cours d’interventions policières. Ces événements tragiques et les décisions judiciaires qui s’en suivent démontrent les actions inappropriées du système policier et plus globalement un racisme systémique envers les communautés autochtones.

Que s’est-il passé? Chantel Moore, originaire de la Première Nation de Tla-o-qui-aht, en Colombie-Britannique et en visite à Edmundston, et Rodney Levi, Mik’maw de la communauté de Metepenagiag près de Miramichi, ont été tué·es par balle à une semaine d’intervalle en juin 2020 lors d’une vérification de bien-être par la Gendarmerie Royale du Canada (GRC). Dans les deux cas, l'agent de police ayant tiré adéclaré que la personne avait recours à la force ou menaçait de le faire.

Où en sont les enquêtes? Les enquêtes sur ces meurtres ont été confiées au Bureau des Enquêtes Indépendantes (BEI), le groupe de la police québécoise, la police des polices. Résultat : le BEI ayant déclaré qu’il était impossible d’établir une perspective raisonnable de condamnation (légitime défense), aucune accusation criminelle n’a été déposée contre les policiers en question par la Couronne et ces derniers sont encore en poste.

Quels recours pour les proches des victimes? La famille de Rodney Levi n’exclut pas d’explorer d’autres poursuites légales au niveau juridique et la famille de Chantel Moore réfléchit aux prochaines étapes pour contester la décision, maintenant qu’elle a une meilleure compréhension des faits après l’enquête du BEI.

Pourquoi c’est grave? Les enquêtes ont été confiées à une institution policière québécoise qui s’inscrit dans un racisme systémique et le nie. L’organisation Women of First Light et les cinq chefs des Premières Nations du Nouveau-Brunswick demandent depuis le début une investigation indépendante dirigée par des personnes autochtones.

En savoir plus : article Radio Canada


Lutte pour la justice environnementale
Le contexte : la préservation de l’environnement est au cœur des luttes autochtones, notamment parce qu’elle touche leurs territoires et leurs ressources. Les communautés autochtones font face à des injustices et du racisme environnemental, notamment en ce qui concerne le manque d’accès à l’eau potable.

Que se passe-t-il? 51 avis d’ébullition d’eau à long terme sont émis dans 32 communautés au Canada. Cela signifie que ces communautés n’ont pas accès à une eau d’une qualité suffisante pour qu’elle puisse être considérée comme potable.

Pourquoi c’est grave? Les communautés autochtones sont disproportionnellement affectées par cet enjeu de l’eau et ne reçoivent pas le même niveau de protection. Cette eau, ressource de base, comporte des risques importants pour leur santé. Elle est notamment menacée par des contaminants (ex : GUDI, surchloration d’eau, lixiviation des fosses septiques). Plusieurs des avis sont causés par les entreprises et usines industrielles installées proches des réserves sur lesquelles vivent ces communautés.

Quelles sont les mesures mises en place? L’avis le plus ancien datant de 1995, on constate qu’il y a une incapacité systémique du gouvernement fédéral de régler l’enjeu, notamment envers les communautés les plus isolées géographiquement.

Quels liens avec le colonialisme? Les communautés autochtones ont historiquement été exclues des prises de décisions. Cet héritage colonialiste a remodelé et dégradé les paysages terrestres et aquatiques. Inclure les communautés permettra l’émergence de solutions plus durables.

En savoir plus : le documentaire There is something in the water (sous-titré en français, disponible sur Netflix).


Lutte contre les violences envers les femmes autochtones
Le contexte : au Canada, on recense un nombre très élevé de femmes autochtones disparues et assassinées. Le rapport final de l’Enquête nationale sur les femmes et filles autochtones disparues et assassinée (ENFFADA) publié en 2019 a conclu que ces dernières sont victimes d’un génocide à l’encontre des peuples autochtones visant tout particulièrement les femmes, les filles et les personnes LBGTQIA2+.

Que se passe-t-il? Au Canada en 2020, l’Observatoire canadien du fémicide pour la justice et la responsabilisation a recensé 160 féminicides et parmi les victimes, plus d’une 1 sur 5 étaient autochtones. De plus, selon l’Institut Sovereign Bodies, il y a 1724 cas confirmés de femmes et de filles autochtones disparues et assassinées qui remontent aux années 1900 au Canada – et leur nombre augmente constamment.

Comment l’expliquer? Sans prendre en compte la vulnérabilité sociale fondée sur la colonisation, les choses ne s’améliorent pas. Il faut comprendre pourquoi les campagnes de sensibilisation ne sont pas efficaces et s’attaquer aux racines du problème.

Pour en savoir plus : article Radio Canada


Les recommandations de l'équipe
Pour comprendre, il faut être bien outillé·e. On a interrogé quelques membres de l'équipe pour qu’elles vous partagent des ressources intéressantes.

La recommandation de Julie Gillet
Livre : Sœurs volées, Emmanuelle Walter, édition Lux (2014)

Au travers de témoignages, d’articles de presse et de documents officiels, la journaliste Emmanuelle Walter a enquêté sur les féminicides et les disparitions des femmes autochtones au Canada. Tout en justesse, elle dresse les portraits de quelques-unes de ces femmes et filles dont les vies ont été fauchées, victimes de la violence coloniale, du patriarcat et d’un système laxiste. Le sujet est difficile mais les récits rappellent que derrière les statistiques, il y a des personnes.

La recommandation de Natasha Landry
Film : The Grizzlies (2019) - en anglais

C’est le premier film que j’ai regardé au sujet des Inuit. Inspiré de la réalité, il raconte l’histoire d’un professeur qui se rend à Kugluktuk, une communauté au nord du Nunavut. Pour lutter contre les violences et le décrochage scolaire, le professeur propose un programme de lacrosse pour motiver les adolescent·es. Dans ce film de la réalisatrice Miranda de Pencier, les adolescent·es Inuit sont les protagonistes, c’est inspirant et authentique avec beaucoup d’émotion.

La recommandation de Lisa Boisneault
Podcast : Voies parallèles
Soyez à l’affût : la diffusion du premier épisode du nouveau podcast de Nouveau Monde, est prévue pour septembre 2021. Passionnée de podcasts, je connaissais All my relations mais je suis contente d’en avoir trouvé un en français. Pour ouvrir le dialogue sur la réconciliation, ce projet en collaboration avec la cinéaste anishinabée Kijâtai-Alexandra Veillette-Cheezo s’inspire du wampum à deux voix avec plusieurs intervenant·es autochtones mis·es à contribution pour les entrevues.

La recommandation de Naomi Farhloul
Organisme sans but lucratif : Raven
Raven (corbeau en anglais) lève des fonds pour financer la défense juridique des nations Autochtones au Canada. Faire un don à travers cette plateforme est selon moi une façon concrète d’appuyer l’affirmation des droits inhérents et protégés par la Constitution des peuples autochtones. Ces contestations visent les projets environnementaux et racistes. Par conséquent, ce support matériel est une voie puissante vers la réconciliation et la justice environnementale – victoires qui nous protègent tous·tes.

La recommandation de Natalie Comeau
Musique : Wolastoqiyik Lintuwakonawa, Jeremy Dutcher
J’aimerais vraiment voir Jeremy Dutcher en concert. Jeremy Dutcher est un artiste compositeur, musicologiste et activiste membre de la Première Nation de Tobique au Nouveau-Brunswick. À travers sa musique, j’apprends quelques mots en Wolastoqey. Ma chanson préférée est Mehcinut avec sa voix puissante et vibrante.

La recommandation de Mathilde Thériault
Activité : exercice des couvertures
À l’occasion de la Semaine de l’égalité des genres du RFNB en 2019, j’avais participé à l’exercice des couvertures, ça m’avait beaucoup marqué. L’activité était animée par Patricia Musgrave, coordinatrice des affaires autochtones à l’Université Mount Allison. Elle consiste en un exercice de sensibilisation collective à la l’expérience historique de la dépossession vécue par les peuples autochtones du Canada. Elle invite également à réfléchir aux conséquences de la colonisation aujourd’hui.

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